La théorie de la Médiation permet une nouvelle lecture de l'art contemporain.

Présentation de la TdM

Yann-Fañch Perroches Yann-Fañch Perroches
Bretagne
Année 2000

TdM : La Théorie de la Médiation

Définitions:

Parler d'art sans définir l'Art est coutumier et autorise toutes les inconvenances. Quant aux définitions, quand il y en a, elles sont parfois poétiques, souvent philosophiques, toujours tautologiques. Définir l'Art par la Beauté ne nous mène pas très loin.

Elles sont la plupart du temps forcément bavardes: ne pouvant décemment tracer de frontière objective entre "ce qui est de l'art et ce qui n'en est pas", tout finit par devenir de l'art ! L'exemple de la musique est flagrant qui, de " l'art de combiner les sons pour les rendre agréables " est devenu "l'art de combiner les sons", jusqu'à ce que le silence lui-même et même la partition injouable deviennent oeuvres musicales.

C'est alors le propos qui justifie l'oeuvre; on change de niveau, et c'est le discours qui gouverne le pinceau ! De tels errements étaient bons aux siècles derniers . Nous ne pouvons plus nous satisfaire de telles facilités, qui justifient tout et son contraire et dans le flou desquelles nombre de charlatans, de naïfs et d'escrocs s'engouffrent, en toute impunité et souvent même avec l'aval des "élites". Il nous faut donc "resserrer" nos concepts, au risque de quelques désillusions, la remise en question du statut d'Artiste n'étant pas la moindre!

La TdM :

"Il nous fallait une théorie de l'Art, nous avons pris une théorie de l'Homme."

Dans cet article
Définitions - Théorie de la Médiation - Spécificité de l'Homme - Raison humaine - Science, Mythe et Poème - L'art et l'Art


La Théorie de la Médiation

(TdM) Élaborée par Jean Gagnepain et son équipe, est celle-là. Encore confidentielle - ce n'est pas un hasard : elle remet trop radicalement en question l'établissement, culturel, scientifique et universitaire -, il ne fait nul doute en notre esprit qu'elle sera cependant tôt ou tard LA théorie du XXIème siècle, théorie fondatrice des Sciences Humaines (qui sont encore à faire, celles-ci n'ayant encore, on le sait, de scientifique que le nom). Car la TdM est une théorie non-philosophique de la raison humaine.

Elle cherche en la clinique (c'est-à-dire dans l'étude des cas pathologiques) sa vérification (ou son infirmation); elle est donc scientifique, et nous prions le lecteur de ne pas perdre ce point de vue tout au long de sa lecture. On ne peut espérer résumer en quelques paragraphes une théorie aussi riche, (son élaboration a nécessité une vie entière et même si les têtes de chapitres sont écrites, elle est loin d'être terminée, des pans entiers sont encore à explorer), aussi complexe (une théorie de l'homme simple : il n'y a que des naïfs et ceux qui en profitent, du psychologue de salon à l'astrologue, pour y croire) et aussi ardue (le plus difficile étant de se débarrasser du sens commun et de certitudes bien ancrées par des siècles de civilisation). Il nous faudra donc être concis, au risque d'être incompris, et au risque surtout que la TdM soit prise pour une théorie comme une autre et parmi tant d'autres et que sa portée réelle (rappelons-le : scientifique) passe inaperçue du lecteur.

Au risque de paraître présomptueux nous affirmerons pourtant qu'on n'est pas médiationniste comme on peut être freudien ou lacanien. Ce n'est pas affaire d'opinion, comme la loi de la pesanteur n'est pas affaire d'opinion : elle s'expérimente. Comme le dit Jean Gagnepain : " je ne suis pas médiationniste, je ne peux qu'être médiationniste ".

Nous aborderons ici (un peu) plus en détail le seul aspect "artistique" de la théorie, le reste n'étant qu'à peine défloré. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur intéressé vers les ouvrages des chercheurs médiationnistes. Mais le lecteur curieux d'une théorie de l'Art nous lira avec intérêt : c'est la seule théorie qui réponde aux questions usuelles "qu'est-ce que l'Art ?", "qu'est-ce qu'un artiste ?", "qu'est-ce que la Beauté ?" etc., et ce n'est pas le moindre de ses mérites !

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Spécificité de l'Homme

Jean Gagnepain ne nie pas l'animal en l'homme. L'Homme cependant, à la différence de l'animal, nie la nature (d'autres diraient "transcende"). L'Homme est un animal rationnel (doué de raison) et par sa raison il nie sa nature animale. Ce qui distingue l'homme de l'animal c'est justement que l'homme n'est pas seulement un animal. Cette différence n'est pas progressive, il n'y a pas - sauf pathologie - de demi-hommes, il n'y a pas non plus d'animaux semi-humains : il existe un seuil que ne franchit jamais l'animal, et qui fait que l'animal humain devient Homme. Perceptions, gestes, corps et pulsions sont acculturés (transcendés) par l'homme, à la différence de l'animal qui les vit "au premier degré".

Cette acculturation donne naissance, précisément, chez l'homme, à des facultés que l'animal ne possède pas : langage, outil, histoire et désir. Parler du langage des abeilles est un abus de langage, de celui des dauphins ou des baleines une pure chimère ou, si l'on veut, une belle preuve d'anthropocentrisme.

Le bâton qui sert à décrocher le régime de banane est abandonné par le chimpanzé aussitôt utilisé, preuve qu'il n'est pas un outil mais un simple appendice.

On sait bien que les "sociétés" de fourmis ne connaissent pas de révolutions, ni même d'évolutions autres que biologiques ou environnementales.

Enfin seul l'homme nie ses pulsions, ne mange pas nécessairement quand il a faim , ne dort pas quand il a sommeil, et ne copule pas à la saison des amours. Cette acculturation de la nature par l'Homme, c'est-à-dire cette faculté de s'abstraire de la nature, de la nier, est un des éléments clés de la TdM. En cela celle-ci se démarque des sciences "dures" (biologie, cognitivisme, comportementalisme ...) Base clinique.

Inversement, la TdM, à la différence de nombres d'écoles psychanalytiques ou linguistiques, ne se contente pas d'énoncer des plus ou moins brillants principes explicatifs ou justificatifs de l'Homme : elle cherche des preuves expérimentales. La dissection du cadavre n'apprenant rien en dehors de la pure biologie et ne pouvant user du scalpel sur le vivant, c'est dans les pathologies propres à l'homme que la TdM éprouve ses théories : aphasies, atechnies (pathologies prévues par la TdM et expérimentalement vérifiées), psychoses et névroses constituent le terrain de prédilection des chercheurs médiationnistes (et non dans un but curatif, ce qui est un autre problème). Spécificité de l'humain, base scientifique et expérimentale, ainsi la TdM se veut véritablement fondatrice de sciences humaines encore à inventer.La raison diffractée.

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La TdM soutient (preuves expérimentales à l'appui) que la raison humaine, est quadruple. Elle distingue quatre rationalités distinctes et d'égale importance, aucune n'ayant la priorité sur les autres. (La TdM utilise le terme de "plan", qu'elle numérote par commodité et non par hiérarchie.)

- Plan I :
la capacité de langage.
- Plan II :
la capacité artistique - nous verrons que ce terme n'est pas à prendre au sens qu'on lui donne communément de nos jours.
- Plan III :
la capacité historique.
- Plan IV :
la capacité normative. Tout phénomène proprement humain, quel qu'il soit, fait appel à ces quatre capacités.


L'exemple du langage. Historiquement, c'est par l'étude du langage que la TdM est parvenue à cette "déconstruction" de la raison humaine. Ce que nous appelons communément langage est ainsi déconstruit selon les quatre plans : II existe certes une capacité proprement "linguistique" (la TdM utilise le terme de "glossologique"), qui est celle du signe (acculturation du " symbole " animal, par exemple " bruit d'ouvre-boîte = promesse de nourriture ").

Mais il existe également une capacité indépendante, "ergologique", qui nous permet de traduire notre langage en écriture : c'est la capacité de l'outil, qui dans ce cas se traduira en crayon et papier, mais aussi en la pierre, le marteau et le burin, le clavier de l'ordinateur, etc. Cette capacité est celle qui nous intéresse plus particulièrement dans le cas de l'art, elle est l'acculturation du geste animal.

Il existe également une capacité "sociologique" qui fait émerger la langue : français, anglais, espagnol ou breton. (Cette capacité est également " historique " puisque la langue ne varie pas seulement avec l'espace mais aussi avec le temps.) C'est elle qui nous fait nous instituer en sociétés et exister en tant que personnes. Elle est l'acculturation du "corps" animal.

Enfin une dernière capacité, "normative", qui acculture nos pulsions, fait de notre langage un discours : on ne dit pas ce qu'on veut, à qui on veut, de la manière qu'on veut! Jurons, euphémismes et sous-entendus sont là pour l'attester. Rappelons que ces quatre rationalités ont été distinguées par l'étude de malades et que l'observation qu'on pouvait être " malade d'un plan " en ayant conservé intactes les autres rationalités était la preuve de l'indépendance et de la non-hiérarchie de celles-ci.

Ainsi un aphasique (malade du plan I) ne sait plus parler correctement mais garde la capacité de communiquer (plan III) (par gestes ou par des mots " mal contrôlés "). Il en garde aussi le désir (plan IV). Un agraphique (malade du plan II) ne sait plus écrire mais sait toujours parler. Etc. De plus, cette "maladie du plan II" ne se résume jamais à la seule perte de l'écriture et/ou de la lecture mais affecte également tout ce qui touche la manipulation d'outils ainsi que le geste intentionnel : ainsi le malade ne sait plus s'habiller correctement, ni allumer sa cigarette, faire le signe de croix ou le salut militaire, etc.

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Science, Mythe et Poème.

Gardant toujours l'exemple du langage car c'est sans doute le plus aisé à comprendre, nous allons rendre compte des conséquences fondamentales de cette quadruple négation de la nature. Dans le cas du langage, le "mot ne colle plus à la chose" puisque l'homme nie et le mot et la chose. Ainsi une table n'est pas nécessairement un plateau sur des pieds, puisqu'elle peut être aussi "de multiplication", "d'harmonie", "d'écoute"..., mais elle peut même être n'importe quel support, pourvu qu'on y prenne un repas par exemple.

Bref mots et choses semblent avoir une vie indépendante. Ce sont deux univers non-isomorphiques. Ce que la TdM nomme l'impropriété du signe, et qui explique la synonymie, la polysémie etc. Parler nécessite pourtant de faire une adéquation entre ces deux univers autonomes.

Cette adéquation peut se faire de deux façons : on peux tenter de conformer le plus possible les mots au monde à dire, c'est la visée scientifique. ("la Terre est une sphère").

Mais à l'inverse on conforme aussi le monde aux mots, c'est la visée mythique. (Ainsi l'engoulevent est réputé voler le bec ouvert car il "engoule le vent". En réalité le mot est d'origine gauloise, on le retrouve dans le breton "golvan"= moineau. De même St Christophe est censé avoir porté le Christ car c'est la signification de son nom en grec.)

Mais il existe une troisième voie du langage qui n'est pas à but d'adéquation mais à visée esthétique. Cette fois le langage se justifie par lui-même, il se prend lui même pour référence: c'est la visée poétique. Rimes, allitérations, jeux de mots, maraboutdeficelle....

Bien entendu, ces deux visées d'adéquation et la visée esthétique se retrouvent sur chacun des trois autres plans.

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L'art et l'Art

Car si les mots ne collent pas à la chose à dire, les outils, eux, ne collent pas à la chose à faire. Ce qui explique que je puisse enfoncer une vis avec un marteau et écrire en lettres de sang ou d'excréments. De même puis-je peindre avec une brosse à dent et sculpter la motte de beurre. Cette non-adéquation de l'outil à la chose à faire entraîne, de la même façon que pour le langage, deux visées d'adéquation, l'empirie et la magie.

Choisir le bon outil, travailler le bon geste, élaborer la bonne méthode, relèvent de l'empirie. Quant à la magie, croiser les doigts, toucher du bois, certes. Mais aussi mettre une pyramide de carton sur la lame de rasoir, cracher dans sa main avant de lancer les dés... Le geste du pianiste sur son clavier une fois les touches enfoncées n'a aucun effet sur le son. Quant au fait de tourner la cuiller toujours dans le même sens pour réussir une mayonnaise... La visée esthétique du plan II est appelée plastique. On trouvera sans peine des exemples dans nos sociétés avides d' "Art pour l'Art" et où ce n'est plus la figuration qui justifie l'oeuvre, mais où ce sont la matière, la technique, le support etc.

Le lecteur commence peut-être à mesurer les répercussions de cette visée plastique sur l'Art (et l'Artiste). Saisit-il qu'il n'y a pas de différence de nature entre le geste élégant du pêcheur à la mouche et celui du danseur, entre la précision du laqueur de meubles et celle de l'aquarelliste, bref entre l'Artiste et l'artisan ? La différence n'est pas de nature mais bien de culture qui fait que notre société occidentale survalorise certaines visées plastiques au détriment d'autres. Pire elle nie souvent la visée plastique sous des prétextes d'efficacité (donc d'empirie).

Les sillons bien rectilignes du laboureur sont ils justifiés seulement par une promesse de meilleure récolte ? Le virage "bien négocié" de l'automobiliste par la sécurité routière ? Les "pleins et les déliés" de l'instituteur d'antan par une meilleure lisibilité ? La beauté artistique n'est que la conséquence de la visée esthétique de notre capacité ergologique (plan II) . Tout homme, sauf pathologie, en est pourvu. Il sera certes plus ou moins doué, et sa capacité sera plus ou moins exercée ou utilisée.

... Mais il n'y a que les occidentaux pour croire que tout le monde ne peut ne pas être musicien !

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